J'ai reçu, comme beaucoup d'entre vous, des messages d'inquiétude ces derniers mois : "Claire, que se passe-t-il si Revolut ou une autre néobanque fait faillite ? Mon argent est-il en sécurité ?" Ça tombe bien : c'est une question que je me pose souvent, à la fois en tant que journaliste économique et en tant qu'utilisatrice. Les néobanques ont transformé la manière dont nous gérons notre argent — simplicité, applis claires, frais souvent plus bas — mais cette révolution comporte des subtilités que beaucoup ignorent. Voici ce que j'ai appris et ce que je recommande.
Banque, établissement de paiement, établissement de monnaie électronique : pourquoi cette distinction change tout
La première chose à comprendre est que toutes les plateformes qui offrent des comptes et des cartes ne sont pas des "banques" au sens traditionnel. Certaines sont des banques (licence bancaire complète), d'autres sont des établissements de paiement ou des établissements de monnaie électronique (EMI). Les règles qui s'appliquent à votre argent diffèrent selon la catégorie.
Dans l'Union européenne, une banque est soumise aux règles de garantie des dépôts (fameux Fonds de Garantie des Dépôts) qui protègent en principe les dépôts jusqu'à 100 000 € par déposant et par établissement. Dans le Royaume-Uni, le Financial Services Compensation Scheme (FSCS) couvre normalement jusqu'à 85 000 £.
Les EMI et établissements de paiement, comme certaines offres de Revolut ou d'autres néobanques selon le pays et le produit, ne prennent pas vos dépôts pour "leur propre argent" : ils sont tenus de séparer (safeguarder) les fonds des clients des fonds opérationnels de l'entreprise. Cela signifie qu'en cas de faillite, ces fonds doivent être restitués aux clients, mais la mécanique est différente et moins directe qu'une garantie automatique. Il n'y a pas automatiquement de filet de 100 000 €.
Safeguarding vs garantie des dépôts : les différences concrètes
Le mot "safeguarding" (ségrégation des fonds) revient souvent dans les conditions générales. Concrètement :
- La néobanque place les fonds clients sur des comptes séparés, souvent auprès d'une banque partenaire.
- Ces comptes séparés peuvent être collectifs — c'est-à-dire que les dépôts de tous les clients sont regroupés.
- En cas de faillite, la restitution des fonds dépend de la capacité à identifier et à restituer la part de chaque client ; cela peut prendre du temps et nécessiter des procédures légales.
Autrement dit, le safeguarding réduit le risque de perte directe liée aux activités commerciales de la néobanque, mais il ne confère pas la même protection automatique et rapide qu'une garantie de dépôt publique.
Ce que signifie la "licence bancaire" chez certaines néobanques
Certaines néobanques ont obtenu une licence bancaire dans un État membre de l'UE ou au Royaume‑Uni. Dans ce cas, les dépôts peuvent effectivement être couverts par le régime national de garantie des dépôts du pays émetteur. Mais attention :
- La protection dépend du pays de licence. Une licence dans un petit État n'offre pas moins de protection réglementaire, mais la perception et la rapidité d'indemnisation peuvent varier.
- Les produits proposés ne sont pas tous automatiquement éligibles : certains comptes "non-dépôt" (par exemple comptes en e‑money) peuvent rester hors garantie même si la société possède une licence bancaire via une entité distincte.
- Lorsque des fonctionnalités multiplient les entités (filiales, partenaires bancaires), il faut lire les conditions pour savoir quelle entité détient vos fonds.
Risques pratiques quand une néobanque rencontre une crise
Voici des scénarios concrets que vous pouvez rencontrer :
- La néobanque dépose vos fonds dans un compte collectif à la banque X. Si la néobanque fait faillite, un administrateur peut devoir identifier les créances clients et rembourser — procédure longue.
- Si la néobanque est une EMI sans garantie publique, vos recours passent par la liquidation de l'entreprise et la distribution des fonds disponibles — parfois avec des pertes.
- Les comptes en devises étrangères, les produits d'investissement ou les services crypto peuvent être traités différemment et ne bénéficient généralement d'aucune protection standard.
Comparaison rapide des protections
| Type d'acteur | Protection typique | Limite / remarque |
|---|---|---|
| Banque traditionnelle (licence bancaire) | Garantie des dépôts nationale | Généralement jusqu'à 100 000 € (UE) / 85 000 £ (UK) |
| Établissement de monnaie électronique (EMI) | Safeguarding (séparation des fonds) | Pas de garantie automatique; restitué via procédure en cas d'insolvabilité |
| Établissement de paiement | Safeguarding ou mécanismes équivalents | Dépend des conditions contractuelles et du pays |
| Plateformes d'investissement / néo-courtiers | Compte-titres / conservation via dépositaire | Titres séparés; protection limitée en cas d'insolvabilité du dépositaire |
Conseils pratiques pour protéger votre épargne
Après avoir enquêté et parlé à des juristes et à des régulateurs, voici ce que je fais (et conseille) :
- Vérifiez la licence : lisez les mentions légales de l'application. Quelle entité détient les fonds ? Est-ce une banque ou un EMI ?
- Ne laissez pas tout au même endroit : répartissez vos liquidités entre une banque traditionnelle (avec garantie des dépôts) et des comptes chez les néobanques pour les dépenses courantes.
- Limitez les soldes excessifs : si vous avez plus que la limite de garantie (100 000 €), envisagez de répartir sur plusieurs banques garanties.
- Faites attention aux produits "épargne" ou "investissement" proposés par la néobanque : parfois ce sont des investissements via des partenaires et non des dépôts garantis.
- Gardez des preuves : relevés, captures d'écran des conditions, correspondances — utiles en cas de litige.
- Connaissez les partenaires bancaires : certaines néobanques affichent le nom de la banque qui garde les fonds — renseignez-vous sur sa solidité et sa juridiction.
Les zones grises : crypto, conversions FX, cartes prépayées
Si vous utilisez des fonctionnalités avancées (conversion instantanée en crypto, comptes multi-devises, cartes prépayées), sachez que ces produits peuvent sortir complètement du champ des protections traditionnelles. Les crypto-actifs, par exemple, ne sont généralement protégés ni par les garanties de dépôt ni par le safeguarding standard. Soyez particulièrement vigilant·e.
Pour résumer mes règles perso quand j'ouvre un compte néobanque
- Je lis la FAQ et la rubrique "Régulation" avant d'y déposer plus qu'il n'en faut pour mon quotidien.
- Je garde mon épargne de précaution sur une banque avec garantie de dépôt.
- Je considère les néobanques comme pratiques pour les paiements et les voyages, pas forcément pour accumuler des dizaines de milliers d'euros.
- Quand une offre d'investissement paraît trop belle, je vérifie qui conserve les titres et quelles protections sont offertes.
Si vous voulez, je peux préparer une check-list téléchargeable en PDF pour vérifier la sécurité d'une néobanque avant d'y placer votre argent, ou analyser la fiche juridique d'une néobanque précise (Revolut, N26, Nickel, etc.) pour voir exactement quelles protections s'appliquent selon votre pays. Dites-moi laquelle vous voulez que j'examine en priorité.