Je l'avoue : l'idée que mes informations médicales puissent circuler sans mon accord me glace le sang. Les dossiers de santé en ligne — des comptes patients hébergés par des hôpitaux, des plateformes de télémédecine ou des services comme Doctolib — contiennent le plus intime de notre vie. Si vous découvrez qu'ils ont été partagés sans votre consentement, vous êtes en droit de réagir rapidement et fermement. Voici le chemin que je préconise, construit à partir de démarches pratiques et du droit applicable en France et au regard du RGPD.
Agir immédiatement : sécuriser, documenter, couper la fuite
La première heure compte. Voici ce que je fais en priorité :
Ne supprimez rien avant d'avoir fait des captures et sauvegardes. Les fournisseurs ou les forces de l'ordre pourront avoir besoin des originaux numériques pour enquêter.
Contacter le responsable du traitement (DPO) et obtenir des explications
En France, tout établissement de santé ou plateforme doit avoir une personne en charge de la protection des données (Délégué à la protection des données, DPO). Je vous conseille d'envoyer un message écrit (mail recommandé si possible) pour :
Conservez un accusé de réception. Si la réponse est tardive ou insatisfaisante, ce sera un élément à joindre à une saisine ultérieure de la CNIL ou à une plainte.
Saisir la CNIL : le recours administratif
Le RGPD reconnaît aux personnes un droit de contrôle sur leurs données de santé (catégorie particulière). La CNIL est compétente pour sanctionner les manquements. Je saisis la CNIL lorsque :
Vous pouvez déposer votre réclamation en ligne sur le site de la CNIL (cnil.fr). Joignez toutes les preuves et la correspondance que vous avez eue avec le fournisseur. La CNIL peut enquêter, imposer des mesures correctrices et infliger des sanctions administratives.
Porter plainte : pénal ou civil ?
Il y a deux voies souvent complémentaires :
Sur la plainte pénale, insistez pour que soient réclamés les logs, les sauvegardes serveur et toute preuve technique permettant d'identifier les auteurs ou la chaîne de diffusion.
Comment déposer une plainte efficace — checklist pratique
Voici les éléments que j'inclus toujours dans une plainte pour maximiser ses chances :
Modèle rapide de message à adresser au DPO (extrait)
Je vous propose un court modèle que j'utilise souvent pour obtenir des réponses rapides :
| Objet | Accès non autorisé / divulgation de mon dossier médical — demande urgente de suspension et de communication des logs |
| Corps | Madame, Monsieur, Je vous informe que mon dossier médical référencé sous [identifiant patient] a été rendu accessible/partagé sans mon consentement le [date]. Je demande la suspension immédiate de tout accès non autorisé, la suppression des copies diffusées et la communication des logs d’accès (adresses IP, horodatage, identifiants) relatifs à cet incident. Je joins à ce courrier les preuves en ma possession. À défaut de réponse sous 48 heures, je me verrai contrainte de saisir la CNIL et le procureur de la République. Cordialement, [Nom, coordonnées] |
Penser aux démarches annexes : communication et réparation
Selon l'ampleur de la fuite, pensez aussi à :
Quelques remarques sur les responsabilités techniques
Il est utile de savoir qui peut être mis en cause :
La preuve technique (logs serveur, sauvegardes) est souvent la clé pour identifier la source. C'est pourquoi je demande toujours ces éléments rapidement, et j'insiste pour qu'ils soient préservés et remis aux autorités.
Si vous avez besoin, je peux vous aider à rédiger la plainte, préparer le dossier pour la CNIL ou suggérer des avocats spécialisés. Sur Nevousindignezpas (https://www.nevousindignezpas.fr), je publie aussi des fiches pratiques et des modèles de courriers pour accompagner ces démarches : n'hésitez pas à revenir vers moi.